Le big data au service de l’Afrique by Marylène OWONA

(Extrait d’une publication à paraître la semaine prochaine)

En 10 ans, l’Afrique a fait un bond inédit dans la téléphonie en passant d’une téléphonie fixe balbutiante à un taux de pénétration mobile de 32% ainsi que la plus importante croissance d’abonnements mobiles dans le monde. Une croissance exponentielle qui s’explique à la fois par la position d’early adopters propre aux Africains mais aussi par la capacité que nous avons d’adapter les outils à nos besoins. Aujourd’hui, il y a plus de 500 millions d’abonnements sur le continent. Le taux de pénétration de l’Internet mobile connaît lui aussi une croissance exponentielle qui découle de celle de ses supports. La data est vouée à suivre le même chemin que la voix.

En effet, une Afrique de plus en plus connectée est une Afrique qui produit de plus en plus de données Selon la célèbre encyclopédie en ligne, les données sont des informations relatives à des personnes identifiées. De manière simplifiée, vous produisez en agissant au quotidien quantité d’informations sur vous. Celles-ci sont conservées dans des systèmes informatiques qui fonctionnent comme des étagères d’où on les sort et les rentre : ce sont les bases de données . Si la prédominance mobile fait naturellement des opérateurs de téléphonie des pourvoyeurs de données, l’effervescence du secteur digital devrait se traduire dans les années à venir par une multiplication des points de collectes : jeux, applications, achats en ligne, objets connectés…  Les données personnelles en Afrique comme partout dans le monde seront créées à grande vitesse… Sous peu, les connexions seront plus rapides et plus fluides et permettront aux usagers d’Internet d’utiliser leurs téléphones comme des postes de loisirs. Ils s’inscriront à plus de newsletters,  posteront plus de commentaires sur les réseaux sociaux, feront plus de recherches sur Internet… Ils donneront de plus en plus d’indications sur leurs besoins permettant ainsi aux entreprises africaines d’anticiper. Selon Cisco, en 2017,  le trafic de données mobiles atteindra 861.298 téraoctets par mois  soit l’équivalent de 2374 millions de sms par seconde dans la zone Moyen Orient Afrique… L’Afrique a donc, encore une fois, tous les atouts pour être un géant. Quand on parle de Big Data en Afrique, les avis restent encore partagés : comment avec un accès aussi restreint à Internet peut-on parler de données de masse ? La réponse est simple, on y inclut les dark data, toutes ces données stockées sur ordinateurs non connectés, sur des clés ou sur des archives papier.

Si nous travaillons déjà à les exploiter,  il est crucial que les acteurs des secteurs privé et public, les utilisent pour optimiser leurs prises de décisions. Dans le cas du secteur public, l’analyse des données de masse pourrait accompagner les efforts des gouvernements dans la mise en place d’infrastructures : où construire de nouveaux logements par exemple. La prise de décision basée sur les données pourrait leur permettre de créer des villes au service des citoyens, ce en prenant en compte les besoins qui découlent de leurs habitudes. Au Cameroun par exemple, le réseau de bus est défectueux et jugé inefficace. En sachant à quelle heure et comment se déplacent les populations l’état pourrait mettre en place un réseau optimisé, installé les arrêts de bus à des endroits adéquats, planifier les flux et les passages etc… Là où l’occident ne peut qu’améliorer les choses, l’Afrique a la possibilité de créer un monde intelligent dont les retours sur investissement seraient générés par l’optimisation de son utilisation.

Les PME, tout particulièrement devraient y trouver le moyen d’être plus compétitifs face aux géants de leurs domaines qui ont longtemps gardé le monopole : les données de masse participeront à l’essor d’une concurrence saine et à un boom, ou tout au moins, à la diversification du paysage économique.

Les entreprises ont donc tout intérêt à y investir.

 Directrice et fondatrice de l’agence Kouaba , agence africaine de marketing intégré et de communication digitale.

Membre Oser l’Afrique

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