Sebastien Mbot

Pour vous Oséens/oséennes qui nous suivez, nous avons interviewé Sebastien Mbot, créateur de Moadiga, une galerie d’art qui promeut la photographie africaine contemporaine. N’écoutant que sa passion, il s’est lancé dans l’entrepreneuriat et nous parle de son parcours.

Découvrons-le:

Carte d’identité : nom(s) prénom(s), âge, pays

Sébastien Mbot né en 1984 à Libreville (Gabon) et je suis arrivé en France en 2003 pour mes études supérieures.

Qu’est ce qui a suscité pour vous l’envie d’entreprendre un projet personnel ? Quel a été le déclic ?

Je pense que tout le monde a envie de faire quelque chose qui lui ressemble. Quand j’étais Consultant chez Cap Gemini, je travaillais sur des projets que je ne pouvais diriger comme je l’entendais. A un moment, je ne trouvais plus de sens dans mon travail au quotidien et ça a été un des déclics qui m’ont poussé à entreprendre un projet personnel. Il y a eu d’autres déclics personnels, tels que mon état de santé, ma situation personnelle ou encore le déclic financier. Donc ce n’est pas un seul déclic mais un ensemble de faits marquants qui m’ont poussé à entreprendre ce projet.

Pouvez-vous nous décrire en quelques mots Moadiga, la structure que vous avez créée ?

Moadiga pour le décrire le plus simplement possible, c’est une galerie en ligne spécialisée sur la photographie africaine. En plus du côté galerie, on expose des artistes, on fait la promotion de la photographie africaine par le travail de photographes africains et comme n’importe quelle autre galerie on en fait aussi la commercialisation.

Vous avez choisi de vous lancer dans un domaine assez particulier. Qu’est ce qui caractérise la photographie africaine et comment la définissez-vous ?

Il y a plusieurs définitions de la photographie africaine qui font l’objet de discussions parmi les académiciens. Je n’en suis pas un, car je suis ingénieur et selon moi la photographie africaine c’est d’abord celle faite par des africains. Si nous n’étions pas dans un environnement mondialisé, on aurait pu dire que la photographie africaine c’est la photographie faite par les africains à destination des africains mais il s’avère qu’aujourd’hui on vit dans un monde très ouvert; Cette photographie peut donc être consommée par tout le monde, y compris les africains bien sûr. La photographie africaine est un art, un art contemporain et cet art contemporain africain est en train de subir un boom, il a le vent en poupe. C’est de plus en plus à la mode et ça permet d’ailleurs de toucher du doigt l’Afrique telle qu’elle se représente elle-même.

Où trouvez-vous les photos que vous mettez à disposition sur la plateforme Moadiga ?

Les photos que l’on met sur Moadiga proviennent de différents artistes. Il faut peut-être rappeler ici qu’il y a beaucoup d’artistes photographes africains, ce n’est pas parce qu’on n’en entend pas parler dans les médias « mainstream » qu’il n’y en n’a pas. Il y en a énormément. Rien que sur Moadiga on en a déjà identifié une vingtaine voire une trentaine. Du coup on met en avant leurs œuvres et on a aussi des artistes « maison » dont on fait la commercialisation des œuvres. Et puis il y a également le reste de l’équipe, des photos qui proviennent de mes propres voyages, ou d’autres personnes qui contribuent à la galerie Moadiga et qui sont situées au Mali, au Gabon ou ailleurs en Afrique.

Comment faire pour acheter les photos Moadiga ?

Pour acheter des œuvres sur Moadiga c’est très simple. Il y a un espace sur la plateforme dans le menu « Collection » qui est régulièrement mis à jour où on peut voir les photos, leur contexte, leur histoire et les photographes qui en sont à l’origine. Lorsqu’on a fait son choix, il suffit ensuite simplement de les commander comme sur n’importe quel site de e-commerce. La livraison se fait en deux semaines. Elle est faite en main propre ou par la poste accompagnée d’un certificat d’authenticité, de la signature de l’artiste et du numéro d’édition de l’œuvre. Il y a également un petit guide PDF qui accompagne la livraison pour pouvoir évoquer l’œuvre, connaître les détails sur sa conception et sur le photographe qui en est à l’origine. Le but c’est de proposer une expérience et tout un contexte pour que l’on puisse profiter au mieux de la photographie africaine.

Pensez-vous que la culture et l’art africain peuvent être des leviers de transformation positifs des économies et des sociétés du Continent ?

Oui je pense vraiment que l’art et la culture sont des leviers de la transformation en Afrique. Une transformation positive voire une transformation économique. Aujourd’hui on base beaucoup notre modèle économique sur celui de l’Europe. Pourtant, je pense qu’en Afrique nous avons beaucoup de richesses culturelles et artistiques, la preuve en est que dans les musées parisiens on retrouvera beaucoup d’éléments d’arts et de cultures africaines que ce soit de l’art dit primitif et bientôt de l’art contemporain. C’est à nous diaspora, de trouver les moyens et les ressources, qu’ils soient intellectuels ou financiers pour transformer cet art et cette culture qui nous est propre en quelque chose d’économiquement viable. C’est ça le pari que fait Moadiga. Transformer la photographie africaine, le patrimoine africain, en quelque chose d’économiquement viable qui puisse à la fois contribuer à la promotion de la culture africaine mais aussi contribuer à la vie des artistes sur le continent.

Quels types de difficultés avez-vous rencontré dans ce parcours entrepreneurial ? Comment y avez-vous fait face ?

En tant qu’entrepreneur je pense qu’il ne faut pas voir les choses en termes de difficultés ou d’obstacles. Je parlerais plutôt de challenges et d’énigmes à résoudre ! Ce sont des nouveaux chemins à trouver qu’il faut voir de manière un peu ludique. Par exemple la première question qui va se poser c’est « où trouver les fonds pour réaliser ce que je souhaite réaliser ? », ensuite « où trouver les photographes ? » et « comment susciter l’intérêt des gens ? ». Le tout ce n’est pas juste d’avoir de l’argent et un produit, la vraie question c’est comment susciter l’adhésion autour du projet que l’on porte. C’est juste mon point de vue mais pour ça il vaut mieux que le projet soit sincère, que l’on aime vraiment ce qu’on fait afin de pouvoir transmettre cet enthousiasme aux autres. Une fois que cet enthousiasme est transmis je pense que le plus dur est fait et qu’après il faut réfléchir à comment monétiser cet enthousiasme pour que le tout soit viable économiquement.

Combien d’employés avez-vous aujourd’hui ?

Concernant les ressources, j’ai démarré sur fonds propres. Je me suis moi-même constitué en tant que freelance pour pouvoir accumuler un capital de départ pour mon projet. J’ai également bénéficié d’une aide à la création d’entreprise, grâce à un mécanisme qui existe en France et fonctionne de la manière suivante : quand on est salarié on cotise pour le chômage et lorsque l’on a un projet entrepreneurial on a la possibilité de récupérer une partie de ces cotisations chômage. Donc plutôt que d’attendre d’avoir un coup dur pour récupérer ces fonds, on peut les apporter dans un projet qui va créer de la richesse.

Comment avez-vous obtenu les ressources nécessaires pour la mise en place de votre projet (de l’idée à la création) ?

Concernant les ressources, j’ai démarré sur fonds propres. Je me suis moi-même constitué en tant que freelance pour pouvoir accumuler un capital de départ pour mon projet. J’ai également bénéficié d’une aide à la création d’entreprise, grâce à un mécanisme qui existe en France et fonctionne de la manière suivante : quand on est salarié on cotise pour le chômage et lorsque l’on a un projet entrepreneurial on a la possibilité de récupérer une partie de ces cotisations chômage. Donc plutôt que d’attendre d’avoir un coup dur pour récupérer ces fonds, on peut les apporter dans un projet qui va créer de la richesse.

Quel est le canal utilisé pour rendre votre structure entrepreneuriale plus visible ?

En ce qui concerne le canal de prédilection qu’on utilise il y a le web, facebook, instagram. C’est donc beaucoup de webmarketing. C’est-à-dire produire du contenu à destination d’une certaine catégorie de personnes qu’on va essayer de faire adhérer au projet. Ces canaux sont assez intéressants lorsqu’on connait les mécanismes psychologiques qu’il y a derrière l’expérience utilisateur. Mais il y a autre chose qui ne remplacera jamais le web ce sont les partenariats et le « réseauting ». C’est très important. Les partenaires permettent de faire connaître l’entreprise beaucoup plus rapidement que les outils web.

Où et comment projetez-vous votre projet à long terme ?

Nous sommes déjà en train de construire une galerie physique au Gabon, c’est la première étape du projet à long terme. Par la suite j’aimerais avoir d’autres murs notamment au Sénégal et aussi en Europe. L’objectif à terme c’est d’être une maison qui permet de coter les artistes lors de mises aux enchères, mais aussi de créer une école de photographie africaine. C’est ça la vision d’avenir de Moadiga, le but étant d’avoir un impact culturel mondial en positionnant la photographie africaine au même niveau que la musique afro-américaine par exemple, ou que le sport, voire la cuisine française. Que ce soit reconnu comme un véritable patrimoine.

Quelles sont selon vous les qualités requises pour réussir son projet d’entreprise lorsqu’on est un(e) jeune africain(e) ?

En termes de qualités requises pour réussir son projet personnel en tant qu’africain(e), je citerai tout d’abord la qualité que tout entrepreneur devrait avoir : la volonté. C’est fondamental car entreprendre c’est se confronter à des challenges, c’est trouver des solutions de biais car l’on réussit rarement à franchir les « obstacles » de face. Il faut les contourner. L’autre qualité essentielle c’est la connaissance de soi, connaître sa valeur, être conscient de ses qualités et de ses défauts et avoir conscience qu’en tant qu’africain(e) de la diaspora, on a une double culture. On a un double réseau et un double regard qui permet d’aborder les choses de manières différentes et de trouver des solutions qui vont être créatives.

Si vous aviez un conseil à donner à d’autres jeunes qui souhaitent entreprendre sur le Continent ou dans la diaspora quel serait-il ?

Si j’avais un premier conseil à donner aux jeunes (de la diaspora ou non) qui veulent entreprendre sur le continent africain ou ailleurs, je dirai de cultiver cette qualité de la volonté. C’est se discipliner, se motiver tous les jours, faire une à cinq actions qui vont faire avancer le projet même si ce n’est pas dans l’ordre. Il faut à tout prix réussir à se discipliner pour atteindre l’objectif. Le deuxième conseil c’est utiliser ses propres qualités, en tant qu’africain(e), ressortissant de la diaspora ou non, les connaître et les mobiliser au maximum. Enfin, je conseillerai de mettre l’ego et l’orgueil de côté. Il faut aller voir tout le monde, même les gens que l’on apprécie moins, qui vous diront non ou qui vous claqueront la porte à la figure car dans ces moments vous apprendrez toujours quelque chose qui vous servira. Il ne faut pas avoir peur de l’échec, chaque échec correspond à un apprentissage, et chaque apprentissage permet d’améliorer le projet que l’on porte. Donc il faut essayer, essayer et encore essayer. Il faut discuter avec les gens pour avoir le retour d’expérience des aînés. Dans la diaspora, on a tendance à rester discret à ne pas forcément aller vers les autres qui ont déjà fait un projet similaire pour récupérer cette connaissance qui nous permet de gagner du temps.

A quoi carburez-vous ?

Je carbure à l’amour et la passion. Comme tout entrepreneur vous ne pouvez pas travailler douze heures par jour, commencer à 5h et finir à 23h sur quelque chose que vous n’aimez pas. Sinon c’est du stress et ça peut finir en burn-out – et je sais de quoi je parle. C’est pourquoi il faut aimer les gens, car tout business marche avec les gens. Vous n’avez pas besoin d’être super sociable mais il faut pouvoir aller vers les gens, un pas, deux pas pour que les choses s’enclenchent et y aller avec honnêteté et avec passion. Vous recevrez beaucoup de la part des gens (conseils, avis, partenariats etc…) et cela vous servira toujours dans la poursuite de votre projet.

Pour vous, c’est quoi « oser » l’Afrique ?

Selon moi, oser l’Afrique c’est simplement « faire ce qui n’a pas été fait ». C’est faire des choses que certains n’ont pas eu le courage de faire, c’est aller plus loin que ce que les gens peuvent anticiper. Aujourd’hui on nous a cantonné dans un modèle, un regard par l’humanitaire (famines, guerres etc.) mais nous pouvons montrer au monde que l’Afrique ce n’est pas que ça, ce n’est pas que ce que les médias « mainstream » montrent au quotidien. C’est aussi l’Afrique de la réussite, de la culture, du patrimoine, de la jeunesse, du boom économique. C’est l’Afrique non pas que des masques et des arts « primitifs » comme ils disent mais l’Afrique de l’art contemporain. Donc pour moi oser l’Afrique c’est oser changer le regard que l’on porte sur l’Afrique. Que ce soit le regard des européens ou le regard des africains, car en tant qu’africains on a aussi des stéréotypes sur l’Afrique. C’est changer le regard pour changer ce que l’on va réaliser, en actions, en Afrique.

Toute l’équipe O.S.E.R l’Afrique vous remercie Sébastien !

L’équipe O.S.E.R. l’Afrique.