17 juin 2020

Nicholle Kobi est une artiste-dessinatrice franco-congolaise. Elle met les femmes noires en valeur dans ses oeuvres. Nous les retrouvons dans des scènes de la vie quotidienne (en famille, entre copines, avec leur conjoint, au travail…). Nicholle Kobi nous a fait l’honneur de se prêter à l’exercice de l’interview.

Portrait:

  • Qui est Nicholle Kobi ? Pouvez-vous nous parler un peu de votre enfance. Née en République Démocratique du Congo (RDC), quels souvenirs, gardez-vous du pays ?

Effectivement je suis née au Zaïre, à Kinshasa. J’ai quitté le Zaïre toute petite.

Je pensais avoir des souvenirs mais j’y suis retournée 25 ans plus tard et je me suis rendue compte que mes souvenirs s’était mêlés à mon imaginaire et aussi aux images que je pouvais voir du Zaïre en photo et à la télé.

Je me souviens de la maison mon arrière grand-mère, sa cour, son manguier planté dans un coin de la parcelle. Je me souviens de la grande maison de mes grands-parents paternels et surtout de la vieille voiture de mon grand-père toujours stationnée au même en endroit une vrai pièce de musée.

  • Comment était votre vie avant d’être entrepreneur, artiste ? Que faisiez-vous fait avant de lancer ? 

Je travaillais dans des bureaux. Je travaillais en assurance. Rien à voir avec l’art.

J’ai toujours dessiné, j’ai toujours su que je devais faire un métier lié à l’art puisque j’avais étudié les arts mais je ne savais pas quels métiers des arts je voulais faire alors je me suis lancée dans un métier qui paye et où on gagne de l’argent car il fallait bien avoir un métier.

Lancement de l’activité:

Qu‘est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans votre activité ?

Je me suis remise au dessins après 10 ans d’arrêt, parce que j’avais envie de faire quelques choses qui me rendait heureuse. Travailler en assurance ne me rendais pas heureuse. Puis j’ai commencer à suivre des blogs. Dans ces blogs il y avait des blogs de dessins. Je me suis dit pourquoi pas créer un blog ou un site ou je posterai mes dessins au quotidien. Et voilà comment tout a commencé. J’ai crée un blog et ouvert une page instagram.

  • À quelle date avez vous commencé à nourrir ce projet ?

Pas tout de suite puisqu’à la base c’était juste un moyen de faire une chose qui m’attendait, c’était juste partager ce que j’aimais avec les autres. Faire de l’argent avec mes dessins est venu bien après lorsque des personnes ont commencé à me demander si je vendais mes dessins.

  • À quel moment avez vous entamé les premières démarches ? Qu’est-ce qui vous a surpris dans ce processus ? Y a-t-il eu quelque chose de différent de ce à quoi vous vous attendiez ? 

Je ne savais pas où j’allais mais je savais que je ne voulais pas retourner travailler dans les assurances. Alors j’ai foncé sans même avoir peur des obstacles.

Je ne connaissais pas le monde de l’entreprenariat donc il n y avait pas d’attente spécifique des autres, juste de moi-même. il me fallait réussir ce projet que je ne connaissais pas moi-même, en réalité j’ai juste fais confiance à mon instinct. Foncer et le reste suivra, les idées se développent  et s’affinent au fur et à mesure.

  • Si c’était à refaire aujourd’hui, avec votre expérience actuelle que feriez vous différemment? 

Je me ferai beaucoup plus confiance parce que nous sommes les mieux placés pour savoir ce qui est bon pour nous. Ne faire confiance en personne surtout pas à ceux qui arrivent en cours de route et veulent changer votre projet soit disant parce qu’ils ont des très bonnes idées sur votre projet même si c’est votre meilleure amie.

Je dirai qu’il faut se méfier des gens qui viennent vers vous une fois que ça décolle. Ne confier vos finances à personne, même si vous n’êtes pas une financière de base garder toujours un oeil et le contrôle sur vos finances car vous risquez de vous retrouver avec une caisse vide.

En réalité je me répète vous êtes la seule personne qui sait ce qui est bon pour vous et votre projet.

  • Quelqu’un a-t-il essayé de vous décourager de continuer, ou a-t-il involontairement rendu le processus plus difficile ? 

Vous savez je suis du signe du bélier, je suis têtue. Donc quand on me décourage c’est là que je prends courage. Il y a eu des gens qui ont essayé mais en réalité ce projet a été réalisé dans le plus grand secret sans dire un mot aux gens autour de moi car je ne voulais pas de critique et je crois bien que c’est bien là que se cache la force d’un projet qui marche. Gardez le bien secret laissez le projet faire le bruit par sa réussite.

  • Avez vous rencontré des difficultés sur le plan du soutien moral et du processus entrepreneurial? 

Non, je n’attendais pas spécialement de soutien moral ou quoi que ce soit. Je voulais juste faire ce que je voulais et savais faire: dessiner.

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  • Vos oeuvres étant engagées, êtes vous sur un marché de niche ou arrivez vous atteindre un public plus large?

 Je suis une personne engagée de nature. Je suis arrivée sur un marché où on ne dessinait que rarement des femmes noires au cheveux naturels, où on ne dessine que des femmes noires hyper sexualisées. Je ne cherche pas à atteindre un plus grand public, je cherche à faire parler des femmes noires et des problèmes de la communauté noire car c’est bien cela qui me touche en priorité. Je trouve ça dommage d’être un artiste et de ne faire que des jolis dessins sans aucun message derrière. Je ne sais pas faire ça. 

Votre art:

  • Vous êtes franco-congolaise, de la RDC. Vos origines congolaises influencent-elles votre art ?

Mes origines congolaises influencent mon travail car les congolais sont des afro-descendants donc, oui. Je fais très attention aux détails dans les vêtements que je dessine, est ce que c’est mon côté congolaise ? Peut-être j’en sais rien. Je mange Congo, je parle Congo, je suis née Congo, j’écoute la musique Congo. Je suis Congo.

  • Depuis quand dessinez-vous ?

 Depuis enfant, j’ai toujours dessiné. Je me souviens de mon père qui fièrement disait à ses amis: « ma fille fera un jour les beaux arts, c’est une artiste« . 

  • Comment avez-vous appris à dessiner ?
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C’est un don Congo, toute les femmes de ma famille du coté maternelle dessinent, elles sont toute des artistes sans être allées dans une école de dessin. Mes deux filles âgées de 6 ans et 12 ans dessinent énormément et extrêmement bien. Mon fils lui c’est pas son truc, il ne manifeste aucun intérêt pour le dessin.

  • Avez vous effectué des études ou suivi une formation dans le domaine artistique (ou êtes vous autodidacte) ?

Au lycée j’étais dans une classe Littéraire mais spécialisé Art et musique donc on était dans une classe avec des plasticiens et des musiciens. On avait plus de 15h de cours d’art par semaine. Puis je suis allée sur Paris après les BAC pour une prépa.

  • Quelles sont vos références (artistes, styles d’illustrations, mouvements littéraires, etc.) ? 

J’aime beaucoup l’art abstrait en réalité. J’aime beaucoup Mark Rothko.

J’aime beaucoup l’art africain comme l’art Zulu, Kuba…..

J’aime la sculpture, les masques. L’art figuratif c’est trop entertainment.

  • Qu’est-ce qui vous a poussé à représenter les femmes noires en particulier?  

Je trouvais qu’il y avait un vide de dessins de femmes qui me ressemblent et ressemblent aux femmes que je côtoie au quotidien. Je voulais être le narrateur de mes soeurs.

  • Comment votre travail a-t-il été accueilli en France, votre pays de résidence au début de votre activité ?

L’accueil en France de la part de la communauté afro a été plutôt frileuse, surtout de la part des françaises d’origine africaine. Il y a des personnes qui ont qualifié mon travail de raciste,

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ou que c’était pas bien de ne dessiner que des femmes noires, que je devrais inclure aussi des personnes blanches… Enfin vous savez c’est toujours plus classe de mettre du blanc sur une image ça fait moins communautaire. Mais je n’emploie jamais ce même comparatif. C’est le cinéma français ou les journaux et autre média qui sont à 99,9% blanc. Le noir de France a peur du communautarisme noir…. Mais seulement noir.

  • Vivant désormais à New York, que pensez-vous de la place de la femme noire dans cet état? Ou aux États-Unis plus largement ? 

La femme noire new-yorkaise ou américaine, c’est une femme qui généralement est très entreprenante. Souvent elles vont te dire qu’elle fait un job mais en même temps a créé sa petite société à côté. En France on va dire oui mais c’est parce que il y a pas d’assedic ici ou qu’elles n’ont pas d’aides. Oui peut-être mais en même temps on mange parce qu’on travaille et non pas parce que l’État nous donne de l’argent. À New York même une femme qui débarque du Burkina Faso ou du Mali, une fois qu’elle arrive à NYC  comprend qu’il y a de l’argent à se faire donc elle va lancer son petit business. Même si c’est juste faire les cheveux ou faire des plats … Mais elle sait qu’au bout du chemin il y a peut être un rêve a américain. Et on trouve beaucoup de femmes noires ici qui se font beaucoup d’argent car la femme noire est faite pour le business. Aux USA je crois que le femmes noires sont les premières entrepreneurs loin devant les autres femmes des autres communautés.

  • Qu’est-ce que cela représente pour vous d’être une femme noire aux États-Unis ? Dans le monde ?

Être une femme noire aux USA c’est une fierté, être une femme d’origine africaine, congolaise est une plus grande fierté.Car les femmes noires américaines sont dures mais en même temps elles soutiennent toujours les business des autres femmes noires. Elles ont compris que l’argent doit rester dans la communauté. Être une femme noire dans le monde ou aux US c’est aussi détruire les clichés que les gens ont sur les noires et  l’Afrique.  Souvent on pense que les africains, les noirs  sont juste des gens qui souffrent, ou qui meurent de maladie et de femmes ghettos, vulgaires….

Alors qu’être une femme noire, c’est être une femme pleine de dignité, pleines d’histoire, pleine de force capable de bâtir à partir de pas grand chose et de faire des miracles. Être une femme noire et une africaine c’est un honneur pour moi. Ne jamais marcher la tête baissée, car si mes ancêtres l’ont fait ils n’avaient pas le choix moi j’ai ce choix et c’est impératif de ne pas échouer pour celles et ceux qui ont étés brimés et enchaînés et privés de droit.

  • Comment avez-vous surmonté les moments difficiles ? Comment avez-vous pu surmonter les obstacles et les revers et continuer à poursuivre votre objectif ? 

Je pense que les épreuves nous en aurons toujours et peu importe l’étape de votre projet. Le tout c’est de ne pas abandonner et baisser les bras. Bien souvent j’ai eu envie de baisser les bras mais je crois que je viens de beaucoup trop loin pour abandonner maintenant. Je suis de ceux qui se battent jusqu’au dernier souffle. Il faut juste ne pas regarder l’échec il faut continuer à regarder devant vers votre objectif final et se relever et avancer.

  • Comment avez-vous finalement su que vous aviez réussi – que vous aviez atteint votre objectif ? 

Je ne pense pas encore que j’ai réussi. Je pense que je suis encore dans la bataille. Les objectifs changent constamment. Je pense que c’est à la fin de sa vie qu’on sait si on a réussi. Pour le moment, moi je suis encore la tête dedans je n’ai pas encore levé la tête pour regarder ce que j’ai accompli.

 

Vie actuelle:

  • À quoi ressemble votre vie maintenant, par rapport à ce qu’elle était avant que vous ne vous lanciez ? 

Maintenant je n’ai plus un métier; j’ai des dizaines de métiers, illustrateur, directeur artistique de Kobi Studio…. Et pour couronner le tout je suis aussi une mamn à plein temps des 3 enfants. Donc mes journées et ma vie sont remplies. Alors qu’avant j’avais un job 9h-17h et puis voilà….

  • Comment ce changement a-t-il affecté votre entourage – famille, amis ou collègues de travail ? 

Franchement ça n’a pas affecté ma vie d’une façon négative. Je sais faire la place pour mes amis, mes enfants, la famille. Je dois juste trouver plus de temps pour moi même mais même ça je peux le trouver si je veux. Il faut juste s’organiser.

  • Quels sont vos projets futurs ? 

Les projets sur lesquels je travail en ce moment c’est un livre mais aussi quelque chose à la télévision je n’en dis pas plus. Mais en réalité il y a vraiment plein de choses sur lequel je travaille.

Merci beaucoup Madame Kobi.

Retrouvez Nicholle Kobi tous les samedis pour les Sis Talk et pour échanger directement avec elle et son hôte sur le sujet choisi.

Propos recueillis par Michelle MOUTYMBO

Édition par Fatou DIOUF

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