25 septembre 2019

Le collectif O.S.E.R. L’Afrique est allé à la rencontre de l’historien, auteur et conférencier M. Dibombari MBOCK lors de son dernier passage à Paris. Auteur de plus d’une trentaine de livres depuis son premier ouvrage « Le Dieu Noir » publié il y a une dizaine d’années, il fait régulièrement des conférences entre l’Afrique, l’Europe, les Caraïbes et donne aussi des cours portant sur la lecture des hiéroglyphes à partir des langues africaines afin de nous faire redécouvrir cette écriture sous un autre aspect pour mieux la comprendre. Retrouvez l’interview en version audio et transcrite ci-dessous.

Osons par l’histoire!

Transcription de l’audio téléchargable

1.O.S.E.R. L’Afrique (OA): « M. MBOCK bonjour. »

M. Dibombari MBOCK (DM): « Bonjour.»

2.OA: « Merci d’accorder cette interview à O.S.E.R. L’Afrique. »

DM: « Merci de me recevoir. »

3.OA: « Pourriez vous vous présenter en quelques lignes s.v.p.? Vos origines, les études que vous avez eu à faire, votre travail…? »

DM:« Mon nom est Dibombari MBOCK, je suis un auteur écrivain conférencier. Je me suis spécialisé depuis quelques années dans ce que j’appelle des humanités fondamentales. Le Pr. Cheikh ANTA DIOP utilisait la formule « humanités classiques africaines » qui est un corpus qui consiste à décrire la relation que l’Égypte pharaonique entretient avec les peuples qui vivent actuellement au sud du Sahara. C’est que je peux dire en quelques mots. Auteur de plusieurs ouvrages qui portent effectivement sur ces relations que l’Egypte antique entretient avec les peuples au sud du Sahara c’est à dire, l’Afrique noire, et voilà déjà quelques années que je travaille dans ce domaine. »

4.OA: « Et vous êtes de quelle origine d’origine M. MBOCK ? »

DM: « Je suis d’origine camerounaise.»

5.OA:« Votre travail n’a pas toujours été celui là. Que faisiez-vous avant de vous lancer ? »

DM: « J’ai eu plusieurs vies c’est certain. Généralement je n’aime pas trop en parler parce que j’estime que ce n’est pas vraiment nécessaire d’évoquer ces autres aspects dans le cadre de mon travail de chercheur; ce n’est pas quelque chose d’essentiel mais il est certain que j’ai fait d’autres choses dans ma vie. J’ai un MBA, c’est à dire une maîtrise en administration des affaires c’est cela ma formation académique de base. Mais naturellement mon intérêt a toujours été porté vers l’histoire et les langues d’où les orientations récentes qui sont les miennes dans le domaine professionnel. »

6.OA: « D’accord, mais quelle a été votre profession ? »

DM: « J’étais banquier de métier. »

7.OA: « Alors, démissionnez vous de votre poste de banquier pour poursuivre cette voie a-t-elle été une décision difficile ? »

DM: « Oui on peut le dire parce qu’on peut avoir des appréhensions puisqu’on quitte en fait une habitude qui nous a, disons, conduit pendant plusieurs années et avoir à le faire peut toujours susciter quelques interrogations. Mais pour ce qui me concerne j’étais certain que c’était ma mission, si je puis dire, le travail que j’avais à conduire, je sentais que j’allais connaître une forme de réalisation dans le domaine des humanités classiques africaines. Raison pour laquelle je n’ai pas longtemps pas hésité à réorienter ma vie professionnelle vers ces questions. »

8.OA: « Venons-en à l’égyptologie. Qu’est-ce que l’égyptologie selon vous ? »

DM: « C’est une discipline qui se donne pour objectif de questionner la civilisation des bords du Nil dans tous ses aspects. Voilà. »

9.OA: « Dans quelle mesure l’étude de l’égyptologie pourra contribuer d’une part à la construction de l’Afrique du 21ème siècle et d’autre part à la redéfinition de ses rapports avec la diaspora ? »

DM: « L’Égypte antique, il faut déjà le savoir, c’est la civilisation la plus brillante que le monde ait jamais connue. Donc pour l’Afrique c’est un outil de questionnement fondamental parce que les ancêtres de la vallée du Nil ont apporté des réponses dans tous les domaines de la vie. C’est pour nous un modèle qui peut nous inspirer dans cette renaissance que nous appelons de nos vœux.

Et ça me paraît fondamental. Je le dis, mais d’autres l’ont dit avant moi, notamment le professeur Cheikh ANTA DIOP qui a estimé que c’est en nous orientant vers la vallée du Nil que les sciences sociales ou les sciences humaines en Afrique, les sciences tout court en faite, pouvaient sortir de l’état de flottement dans lequel elles se tiennent actuellement. L’Egypte antique est pour l’Afrique noire c’est que la Grèce a été pour l’Europe occidentale par exemple. Donc on ne peut pas imaginer aujourd’hui l’Europe occidentale sans la Grèce parce que la Grèce imprègne absolument toute la société occidentale. C’est ce que nous souhaitons et ce que nous appelons, la même chose se produira pour ce qui concerne l’Egypte antique et l’Afrique noire parce qu’on ne peut pas envisager une renaissance sans l’Égypte antique. Il est simplement question pour nous d’éclairer ces rapports et d’actualiser le patrimoine culturel africain. »

10.OA: « Qu’est ce que la méthode KUMA ? »

DM: « La méthode KUMA c’est la lecture analytique des hiéroglyphes égyptiens à partir des langues africaines modernes. C’est comme ça que je la définis. C’est une lecture analytique, j’insiste parce qu’il y a deux manières d’approcher la question des hiéroglyphes. Cela peut se faire selon une approche  phonétique ou selon une approche analytique. L’approche phonétique consiste à translittérer, tec’est-à-dire à attribuer des valeurs alphabétiques aux signes gravés. L’approche analytique consiste à questionner la pensée symbolique du sujet égyptien. D’où l’intérêt que nous accordons en priorité  à la lecture analytique qui est de nature à mettre au jour les rapports que les hiéroglyphes entretiennent avec les langues négro-africaines. »

11.OA: « Comment l’avez vous élaborée? Quel a été le cheminement pour arriver à cette méthode ? »

DM: « J’ai rencontré certains auteurs, notamment Diodore DE SICILE, qui parlent des hiéroglyphes dans la « Bibliothèque historique », un ouvrage écrit autour du Ier siècle e. Diodore a eu l’avantage d’avoir visité l’Égypte à une époque où cette écriture était encore pratiquée. Il s’est entretenu avec des prêtres égyptiens et des prêtres éthiopiens vivant en Égypte. De ces entretiens il tire un nombre de faits qu’il décrit dans cet ouvrage. Au chapitre des hiéroglyphes, Diodore signale que l’intelligence des hiéroglyphes répond davantage de ce qu’il appelle la « signification métaphorique » plutôt que d’une démarche de type alphabétique ou syllabique, ce qui prend précisément à contrepied tout ce qui se fait aujourd’hui dans le domaine de l’égyptologiede. Car aujourd’hui le traitement des hiéroglyphes a pour l’instant été essentiellement orienté vers le syllabisme et l’alphabétisme, or Diodore dit clairement que ce n’est pas imede cette manière qu’il faut considérer cette écriture, ce qui est certes un peu excessif car nous reconnaissons l’importance du phonétisme, vérifié notamment par le copte, mais Diodore attire notre attention sur les rapports entre ce qu’il nomme « métaphore » et les caractères sacrés égyptiens. Qu’est ce que l’on entend par métaphore? C’est chez Aristote qu’on trouve la définition que les Grecs donnent de la métaphore car pour les Grecs c’est un peu différent de ce que la langue française entend par métaphore. Aristote nous dit, dans La Poétique, que la métaphore est le transport à une chose d’un nom qui désigne une autre. Ce qui revient à définir l’homophonie. C’est cela que les Grecs appellent « métaphore ». Il s’agit du « ciment » qui unit les signes au sein d’une même graphie. Voilà comment j’ai pu entreprendre de dégager les premiers éléments qui permettaient de décrire cette méthode que j’appelle la méthode KUMA. Pourquoi KUMA ? Il faut quand même le dire, KUMA est terme commun aux langues africaines pour traduire l’idée de parole. C’est aussi le nom de l’ibis, l’oiseau choisi par les anciens Égyptiens pour incarner Thot, l’inventeur des hiéroglyphes. »

12.OA: « Très bien. Alors qu’avez vous à dire à ceux qui ne considèrent pas votre travail comme un travail scientifique mais plutôt idéologique ? »

DM: « Oh, il s’agira pour cela d’entrevoir une rencontre parce qu’il n’y a que de cette façon qu’on peut régler ce genre de débat, ce genre de questions, parce qu’il ne sert à rien d’entreprendre une discussion par personne interposée. Si ce de ce point de vu il y a des gens qui estiment avoir des choses à dire, il y a des rencontres que nous organisons à Paris et ailleurs partout dans le monde et il y a toujours cette possibilité pour eux aussi de participer à nos rencontres. Je suis tout à fait ouvert à participer à de telles rencontres pour faire la preuve du caractère parfaitement, entre guillemets, scientifiques, quoique ce soit un mot un peu galvaudé, mais enfin, le caractère parfaitement raisonnable, si je puis dire, rationnel pour mettre ces mots en opposition à l’idée de la notion d’idéologie. Je suis toujours ouvert au débat et je dis que de toute façon le temps est là pour nous donner raison parce que ce sont des propos qui ont aussi été opposés aux travaux du professeur Cheikh ANTA DIOP. À son époque on disait qu’il avait cette démarche dans le but de doper les indépendances africaines. Il y a toujours comme ça des arguments qu’on peut porter en forme de critique. Mais le seul moyen de régler ce genre de situation, eh bien, c’est d’aller au tableau, et je suis parfaitement ouvert à ce qu’on organise autour de ces questions des assises pour trancher le débat. »

NJEL YI : JOURNÉE PORTE-OUVERTE – Janvier 2019***"L'émancipation d'un peuple passe par la connaissance de son potentiel"

Publiée par Dibombari Mbock sur Lundi 29 avril 2019

13.OA: « Qu’est ce que l’association NJEL YI ? »

DM: « C’est une association. « Njel Yi » c’est un groupe de mots qui signifie « le chemin de la connaissance » en langue Bassa au Cameroun, peuple du Sud Cameroun. « NJEL » c’est « chemin », « YI » c’est « la connaissance », donc « NJEL YI, le chemin de la connaissance ». C’est une association qui œuvre dans le domaine des humanités fondamentales et qui m’accompagne dans le travail qui est le mien déjà depuis quelques années. Elle est basée à Paris, certes, mais a l’ambition d’ouvrir des représentations un peu partout où j’ai l’occasion de me rendre dans le cadre de mes travaux. C’est notamment le cas en Martinique puisqu’il y a déjà là-bas en Martinique un groupe NJEL YI également à Marseille bientôt à Hambourg aussi. Nous travaillons aussi à la diffusion des humanités fondamentales, ce que Cheikh ANTA DIOP appelait les humanités classiques africaines, et cela se fait dans le cadre de la Renaissance africaine pour montrer non seulement aux Africains, bien entendu, et au monde tout simplement les bénéfices qu’on peut avoir à s’intéresser précisément au patrimoine culturel africain.»

14.OA: « Comment avez vous constitué votre équipe ? »

DM: « Ce n’est pas moi qui l’ait constitué parce que je ne fais pas partie de l’association NJEL YI, je tiens quand même à le mentionner. Je suis une personne ressource pour l’association qui m’accompagne dans mon travail, mais je ne suis pas membre de l’association. Donc c’est une association parfaitement autonome animée par un bureaus, président et trésorière notamment, une assemblée générale, etc.. Il faudrait peut-être s’orienter vers les membres de cette association pour leur poser des questions de cette nature.  C’est simplement une association qui a fait le choix de m’accompagner dans mon travail de pédagogue. »

15.OA: « Mais vous êtes bien au fait de ce que l’association propose par exemple les produits principaux et comment faire évoluer l’offre de ce que l’association propose ? »

DM: « Oui. Je comprends ce que vous voulez dire. disons les projets de l’association s’inspirent de mon travail. Bien entendu les voyages que nous réalisons ce genre de choses participent essentiellement du travail que moi je peux accomplir par ailleurs. Donc oui je suis au courant mais il est préférable honnêtement de nous approcher de l’association pour avoir ce genre de détails parce que même si je suis au courant, je ne suis pas la personne la mieux placée pour en parler. »

16.OA: « Quel est votre ou vos œuvres  qui vous rend/ent le plus fier ? »

DM: «(Rires) Toutes. C’est une excellente question. Je ne saurai y répondre comme ça parce que vous savez c’est comme si on demandait à un parent lequel de ses enfants il préfère. Non, ce n’est pas possible de trancher parce qu’on y a passé du temps, des soirées. Donc je n’ai pas de préférence mais il est vrai que ces dernières années j’ai beaucoup travaillé dans le domaine des hiéroglyphes. Donc c’est ce que j’ai de frais à l’esprit. Par contre il y a des livres que j’ai écrit notamment  « Kongo », « Le Dieu noir ». Ce sont des livres très importants. Le public à chaque fois me rappelle effectivement combien ces livres comptent dans leur bibliothèque. C’est une chose importante. C’est difficile pour moi de trancher honnêtement. Par contre, mon dernier ouvrage qui porte sur le Dieu Osiris au sein des langues négro africaines est un ouvrage important en trois tomes qui présente la relation que cette figure fondamentale de la civilisation égyptienne entretient avec les pays qui vivent actuellement au sud du Sahara, et c’est quelque chose de remarquable, on peut le dire

17.OA: « Vivez vous de vos activités de recherche conférences et livres? Si oui , en combien de temps avez vous pu vivre de vos activités. Si non, comment complétez vous vos revenus ? »

DM: « Joker. Je n’aime pas aborder les questions de cette nature pour des raisons de bienséance tout simplement. »

18.OA: « Oui nous comprenons. En fait, nous avons affaire à beaucoup de jeunes qui souhaitent aussi, entre guillemets se reconvertir, et nous voyons dans votre démarche une démarche entrepreneuriale aussi. C’est pour ça que nous avons souhaité vous poser cette question. »

DM: « Oui je dirais que la question  aurait une réponse efficace pour l’association. Parce qu’encore une fois c’est la structure qui m’accompagne. Moi, je ne suis qu’une personne ressource parmi d’autres. L’association est appelée à travailler avec d’autres personnes bien que ce soit mon projet pédagogique qui ait été le premier à être sélectionné, mais voilà, ce sont des aspects techniques qui nécessitent des précisons que je n’ai pas nécessairement à l’esprit, donc je vous demanderai éventuellement de vous orienter vers l’association pour avoir de plus amples détails. »

19.OA: « Alors, votre travail est principalement accessible au public francophone. Envisagez-vous de l’étendre au public anglophone. Si oui quel sera votre point de départ ? »

DM: « Oui, je vais le faire et pas seulement anglophone, lusophone. Les africains les afrodescendants parlent quasiment toutes les langues d’origine européenne du fait de la colonisation notamment. Donc oui il y a effectivement le point de départ sur quelques ouvrages à sélectionner,  mais le format changerait car je tiens à  signaler que  mes ouvrages ont un certain volume. Je souhaite simplifier pour faciliter la diffusion de ces œuvres, simplifier les ouvrages, limiter le volume en tous les cas sans trahir ni l’esprit ni la qualité du travail qui peut être accompli. Donc c’est un nouveau travail qui reste à être réalisé. Je le ferai certainement avec une équipe c’est à voir mais effectivement j’ai l’intention de m’orienter vers la traduction de mes œuvres dans d’autres langues que le français. Bien sûr. »

20.OA: « L’association O.S.E.R. l’Afrique dispose d’un espace d’accompagnement à l’entrepreneuriat à Yaoundé au Cameroun (ville qui vous a vu naître). L’un des objectifs est d’exposer ses usagers à de nouvelles idées. Comment vos recherches s’inséreraient-elles dans un tel lieu ? »

DM: « Pour l’innovation, mon travail porte essentiellement en ce domaine puisqu’on a parlé tout à l’heure notamment de la méthode KUMA qui est effectivement une innovation dans le domaine du traitement des caractères sacrés égyptiens, et il s’agirait de voir dans quelle mesure un partenariat peut être mis sur pied pour travailler de concert et apporter des éléments intéressants au public de Yaoundé notamment. Mais moi je suis parfaitement ouvert à cela. il s’agit maintenant de voir comment l’association envisage une éventuelle collaboration, en tous les cas je suis disponible. »

21.OA: « Bien. Un mot pour la fin ? »

DM: « Oui, déjà je tenais à vous féliciter pour le travail remarquable que vous faites. J’ai pu parcourir sur Internet un certain nombre de choses qui indiquent que vous êtes sérieux dans la démarche que vous avez engagé. C’est quelque chose de rassurant car on voit une jeunesse qui accorde de l’importance à ce qu’elle fait, et qui s’intéressent à des questions qui n’ont pas nécessairement une conclusion mercantile, si je puis dire, parce qu’on est souvent limité à ce genre de choses lorsqu’on veut entreprendre. On peut aussi faire un travail dans le domaine de l’esprit. Cela  me paraît même essentiel parce que tout est une question de paradigme. Donc je tenais à vous féliciter pour votre travail, je vous encourage à persévérer dans cette démarche. Je ne doute pas que vous arriverez à vos objectifs si vous continuez dans cette lancée. Je vous souhaite donc une belle réussite dans ce que vous faites. »

22.OA: « Merci M. MBOCK. »

DM: « Merci à vous et bon succès, merci. »

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