25 mars 2020

Madame Mélina SEYMOUR est une entrepreneure sociale vivant à Québec au Canada. Très impliquée dans la vie associative depuis plusieurs décennies, elle a fondé l’organisation non gouvernementale (ONG) Africa Mondo au Canada et au Bénin. Attachée au continent africain, elle a récemment coordonné Black History Month en Afrique cette année 2020. Elle a accepté de se prêter à l’exercice de l’interview avec O.S.E.R. L’Afrique.

OA: Bonjour Madame SEYMOUR. Merci d’accorder cette interview à O.S.E.R. L’Afrique. Pourriez vous vous présenter en quelques lignes (origine, études, famille, travail, hobbies) ?

MS: Bonjour Michelle, merci à O.S.E.R l’Afrique de m’accorder cette entrevue  😉

Je suis Mélina SEYMOUR, Afro-Caribéenne originaire de la Guadeloupe. Mère de trois enfants, qui s’adonne à la peinture abstraite à l’acrylique quand elle n’est pas trop occupée à créer des réseaux et des plateformes pour lier entre eux divers publics : africains du continent et afro-descendants. 

OA: Vous êtes la fondatrice de l’organisation non gouvernementale (ONG) Africa Mondo et vous avez coordonné les festivités du Black History Month pour la première fois en Afrique du 01 au 29 février 2020. Quelles ont été vos motivations pour vous lancer dans ces entreprises ?

MS: Quand j’ai effectué ma mission professionnelle en tant que Chargée de coopération institutionnelle dans la ville de Québec au Canada, je me suis intéressée au Mois de l’Histoire des Noirs à travers l’association Table de Concertation qui coordonne ces activités, à l’époque présidée par madame Ndèye Marie Fall. Sous sa présidence, je me suis beaucoup investie dans la préparation et l’organisation entre 2018 et 2019 au moment où ma benjamine grandissait en moi. Elle est née un peu avant la cérémonie officielle du Mois de l’histoire des Noirs de février 2019 à Québec…et a assisté dès sa naissance à la commémoration de l’histoire des noirs au Canada, pays dans lequel elle a décidé de naître de parents guadeloupéen et tchadien. En tant que femme engagée, mère soucieuse de ce que que mes filles sachent d’où elles viennent pour savoir où elles vont dans la vie est ma première motivation d’abord en tant que parent. Quand j’ai créé en 2017 depuis le Canada, le Réseau International des Jeunes Leaders Francophones présent dans 23 pays, dont 18 en Afrique francophone, j’étais loin d’imaginer à quel point nous avons, africains et afro-descendants, une méconnaissance de notre histoire commune en plus des nombreux préjugés qui nous divisent. Alors, quand madame Fall a dit lors d’une réunion qu’elle ne comprenait pas « pourquoi aucun pays d’Afrique ne célébrait le Mois de l’histoire des Noirs », cela m’a beaucoup interpelée et motivée. C’est ainsi qu’est née Africa Mondo, ONG que j’ai fondée durant mon premier voyage au Bénin en 2018 et qui est devenue l’organisation qui me permet aujourd’hui de mieux promouvoir les femmes et le continent africain, d’où le fait que c’est sous cette bannière que j’ai eu l’honneur d’initier le Black History Month Africa en février 2020. 

previous arrow
next arrow
Slider

OA: Le Black History Month Africa a eu lieu dans différents pays d’Afrique (Bénin, Cameroun, Gabon, Tchad, Togo, Sénégal…).  Quel accueil avez vous reçu de la part des acteurs institutionnels, professionnels et gens du peuple?

MS: Vous me donnez l’occasion de remercier toutes les personnes qui se sont mobilisées au Cameroun, au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso, au Tchad, aux Comores, naturellement au Bénin et même au Togo et au Congo Brazzaville, même si dans ces deux deniers pays, les activités n’ont pas pu avoir lieu à cause de contraintes diverses.

Nous avons eu un bon accueil général des autorités gouvernementales et des populations.  Des ministres ont même  accepté de parrainer l’événement. Les équipes dans les différents pays se sont beaucoup données pour réaliser cette première édition sur fonds propres. C’est énorme ce que nous avons fait. Pour la première fois sur le Continent africain,  la société civile composée d’africains du continent et afro-descendants se sont mis ensemble pour célébrer le Mois de l’histoire des Noirs 50 ans après les États-Unis.  L’innovation de cet événement en Afrique, c’est que nous avons réussi à raconter l’histoire des Noirs d’un point de vue africain et afro-descendant, réussi à impacter positivement les autorités et les populations dont la majorité ne connaissaient pas l’existence de cette commémoration qui existe pourtant depuis des décennies aux États-Unis, au Canada et au Royaume-Uni.

OA: Vous étiez surtout présente au Bénin. Qu’est-ce qui vous y a le plus marqué?

MS: L’engouement, la volonté et l’envie de raconter notre histoire, avec nos propres mots et notre propre regard.

OA: Avez-vous rencontré des difficultés dans la mise en place des différentes branches de cet évènement? Si oui, lesquelles ?

MS: Essentiellement financières,  car nous avons supporté à 99% tous les coûts liés à cette commémoration. Nous nous y prendrons plus tôt cette année pour avoir des bailleurs de fonds pour l’édition en 2021.

OA: Le Concours International Femmes Noires Inspirantes a été tenu lors de ces festivités. Comment ce concours est-il reçu par le public depuis sa création? Plus largement, que pensez-vous du rôle/ de la place de la femme dans nos sociétés africaines et afrodescendantes?

previous arrow
next arrow
Slider

MS: Un intérêt grandissant et cela me réjouit. J’ai eu cet immense privilège de réaliser la seconde édition en Afrique, dans le cadre du Black History Month, après une première réussie au Québec en mai dernier. Les candidates et les dossiers reçus sont de qualité avec des profils de femmes battantes qui nous proviennent de tous  les continents. Cela prouve à quel point ce besoin de reconnaissance pour les femmes noires dans le monde est important. Ce Concours International de Femmes Noires Inspirantes est aussi malgré lui une réponse à plusieurs questions voire problématiques, notamment celle d’être fières de notre africanité et donc de notre identité ; et en même temps une réponse forte aux stéréotypes et préjugés que renvoient les sociétés occidentales sur les femmes noires. 

Mon constat est hélas celui d’une Afro-caribéenne qui entend de grands discours en Afrique sur le respect de la femme, mais que dans les faits, l’homme est plus considéré. Cela se traduit dans le milieu professionnel comme dans la vie de tous les jours, à croire que nous avons oublié qu’à l’origine le matriarcat en Afrique était la force de la famille. Et nous savons tous que la famille en Afrique est le pilier de la société.

OA: Quel est votre ressenti au sortir de cette première édition sur le continent africain?

MS: Renforcée, heureuse de contribuer comme je peux à une meilleure prise de conscience de notre histoire commune pour que nous puissions avec l’appui de nos ancêtres, continuer de bâtir l’Afrique ensemble. 

OA: Vous avez publié plusieurs ouvrages. Les suivants vont bientôt paraître: « Chronique du mois de l’histoire des noirs en Afrique » et « Quand l’Afrique appelle ses enfants afrodescendants ».  Si vous deviez les résumer en quelques mots, que diriez-vous à leurs sujets?

MS: « Chronique du Mois de l’histoire des Noirs en Afrique »  retrace cette grande première sur le continent, singulièrement à travers les activités qui se sont déroulées au Bénin. 

« Quand l’Afrique appelle ses enfants afro-descendants » est un ouvrage que j’ai commencé à écrire l’année dernière avant même de lancer le Black History Month Africa.  Prise par l’organisation je n’ai pas eu le temps de le rédiger durant toute cette période. C’est donc un ouvrage qui parle du ressenti d’afro-descendants qui entendent le cri de l’Afrique en eux. Qui veulent s’auto-réparer, chercher leurs origines profondes et contribuer au développement du continent, mais ce n’est pas facile car des montagnes de préjugés construits au fil des décennies aussi par la colonisation et le déracinement nous divisent. C’est un livre qui parle des défis à relever ensemble car nos ancêtres nous invitent à le faire. 

previous arrow
next arrow
Slider

OA: Vous êtes très dynamique. Comment votre engagement a-t-il été accueilli par votre entourage familial, amical et plus largement par vos connaissances ?

MS: Ma famille m’a toujours encouragé dans mes initiatives et celle-ci n’est pas en reste. Cela me donne l’occasion de remercier mon conjoint, mes parents, mes frères et soeurs et toute ma famille en général qui a un regard bienveillant sur mes initiatives.

Mes connaissances Afro-Caribéennes ont plutôt bien accueilli la nouvelle. 

Par contre au Québec, les africains que je fréquente ont eu une réaction mitigée voire négative comme si je les dépossédais de quelque chose. L’un d’entre eux en première ligne dans l’organisation du mois de l’histoire des Noirs dans la ville de Québec m’a dit lors d’une réunion où nous étions plusieurs « je trouve ubuesque que tu veuilles organiser le mois de l’histoire des Noirs en Afrique. » J’ai été particulièrement choquée d’entendre cela, et en même temps cela m’a ouvert les yeux sur le fait que nous autres africains et afro-descendants agissons de façon assez hypocrite pour nous fondre dans la culture de l’autre en oubliant qui nous sommes et d’où nous venons. Cette personne s’est excusée depuis, car n’avait pas compris l’importance pour nous même d’apprendre et de conter notre histoire, et la force de cette initiative  portée par une afro-descendante sur le continent. 

Je dis souvent que « vivre ensemble ce n’est pas se fondre dans l’autre, mais de s’accepter avec nos différences et nos cultures pour vivre l’un avec l’autre. » 

Nous demandons aux canadiens et plus largement aux caucasiens de reconnaître l’apport des Noirs dans la construction des sociétés, par contre, on ferme les yeux sur le fait que nos semblables s’intéressent finalement très peu aux activités mises en place à travers cette commémoration, on ferme les yeux sur le fait qu’il existe un racisme aux États-Unis entre noirs américains et noirs africains, on ferme les yeux sur le fait qu’antillais, caribéens et africains sont loin d’être en harmonie, on ferme les yeux sur le fait que agir et interagir entre africains est compliqué quand il s’agit de mener à bien des actions entrepreneuriales par exemple…On peut continuer à écrire des pages tant la liste de ce qui nous freine est longue. Ce qui constitue  un mal profond que nous devons résoudre par respect pour nous-mêmes et pour nos ancêtres. Tant que les enfants de l’Afrique ne trouveront pas l’harmonie, notre continent continuera dans la division ce qui arrange bien ceux qui détricotent l’Afrique.

OA: Allier vos obligations familiales et professionnelles est-il aisé ?

MS: Compliqué, mais possible 🙂 Immense merci à mon conjoint.

OA: Quels conseils donnez vous aux « jeunes » afrodescendants présents sur le continent et de la diaspora qui souhaitent apporter leur énergie à l’Afrique?

MS: D’être honnêtes, de mettre l’humain au coeur de toute initiative. 

OA: Quelle/s est/sont votre/vos réalisation/s qui vous rend/ent le plus fière?

MS: Mes initiatives sur le continent. C’est à la fois une mission, une douleur et une immense fierté. J’en parle dans mon  ouvrage « Quand l’Afrique appelle ses enfants afro-descendants ».

OA: Un mot pour la fin?

MS: Je n’ai jamais pensé que l’argent détruisait autant les relations humaines en Afrique. J’ai l’amer sentiment que les rapports humains sont souvent biaisés en raison du fait que celui ou celle qui t’aborde vient à toi de façon intéressée. C’est vrai depuis longtemps en occident, mais hélas, l’Afrique n’échappe pas à  cette part d’ombre dans l’humanité. J’avoue que je n’ai jamais imaginé cela avec cette force et cette intensité au coeur de cette Afrique qui m’appelle et que j’aime. Mon ouvrage détaille ce point précis, donc restons en lien pour en discuter librement et avec respect des points de vue. Quoi qu’il en soit, mon avenir est en  Afrique, sur la terre de mes ancêtres.

OA: Merci beaucoup Melina et beaucoup de succès pour les projets à venir !

MS: Merci Michelle de m’avoir donné la parole et longue vie à  O.S.E.R L’Afrique.

Propos recueillis par Michelle MOUTYMBO

O.S.E.R. L’Afrique

Posted in: Actualités
Newsletter
Vous souhaitez en savoir plus sur nos activités ? Devenir bénévole, être partenaire d’O.S.E.R. l’Afrique ou bénéficier de nos services ? Contactez-nous et inscrivez-vous à notre newsletter ! N’hésitez pas, toute l’équipe est disponible !
O.S.E.R. l'Afrique