28 avril 2020

Angelique Marguerite Berthe Diène, alias Blacky Gyan, une serial entrepreneure, modèle, passionnée par les arts et engagée dans plusieurs causes sociales.

Bonjour Blacky Gyan, tout d’abord merci d’avoir accepté notre demande d’interview.

Angelique Diene
previous arrow
next arrow
PlayPause
Slider
  1. Pourriezvous vous présenter en quelques lignes (origine, études, famille, travail)?

J’aime dire que je suis comme un bon vin avec ses cinq étapes de base: la vendage avec 3 autres types de raisins (mes deux sœurs aînées et mon jeune frère) sur les terres sénégalaises par des vignerons (mes chers parents entrepreneurs et vrais bosseurs) puis le foulage et le pressurage dans une université et des écoles de commerce françaises pour obtenir un moût qui fermente naturellement au Canada dans une perspective de clarification et enfin de maturation sur le vieux continent.

  1. Vous vous définissez comme une « Shepreneure » et non comme une entrepreneure, pour quelle raison? 

Mon côté féministe a pris le lead sur cette appellation de Shepreneure. En voyant le nombre de femmes en Afrique et particulièrement au Sénégal qui, sans le savoir, sont de vraies businesswomen même avec des caractéristiques bien particulières, la non-reconnaissance de l’impact de l’entrepreneuriat au féminin et l’absence d’inclusion dans les langages courants, il m’a paru important de mettre en avant ce terme pour me qualifier comme femme qui entreprend, qui prend la place méritée et qui puise sa force dans l’union et l’entraide.

 

  1. Vous êtes une serial entrepreneuse, pouvez vous nous présenter les différentes entreprises dans lesquelles vous êtes impliquée ? 

Ouf, ça va être long. Je suis intarissable quand il s’agit d’en parler. Donc, il y a :

previous arrow
next arrow
Slider
  • Cheliel, notre bébé à mon frère Stefdekarda et moi, qui est un point de rencontre entre la mode, le new fooding, la beauté et les arts. Il célèbre le multiculturalisme entre hommage au continent africain, africanisation de la mode moderne et mise en avant du savoir-faire québécois. Ce concept-store confectionne et propose à tout individu, à travers le monde, une pièce unique de vêtement ou d’accessoire éditée seulement en une série très limitée et avec des tissus venus d’Afrique comme le wax ou le pagne tissé qui racontent une histoire et des textiles recyclés. Bâtie autour de l’idée d’une conscience sociale et environnementale, Cheliel prône l’artisanat responsable dans des lieux de travail équitables et reverse une partie de ses bénéfices et des vêtements issus de son programme de réduction de l’impact environnemental des produits textiles jetés aux ordures à des associations œuvrant pour les enfants, en particulier. Ce concept-store avec ses créations de mode, son magazine social d’Arts et ses coffrets-cadeaux thématiques écolos pro-diversité puise, essentiellement, ses idées dans toutes formes d’art.

  • Cheliel Coffret qui est un assortiment de 5 à 6 produits, en édition limitée, permettant de découvrir les trésors des mondes afro-caribéen et québécois. Il raconte l’histoire, les découvertes culturelles, les innovations gustatives, la richesse décorative de ces deux mondes, … Chaque coffret contient une variété de produits sélectionnés parmi les meilleurs produits du terroir, des collations gastronomiques, des soins naturels et biologiques, des accessoires de mode, des bijoux originaux, … et souvent faits-main mais également des œuvres littéraires ou artistiques, et bien d’autres surprises.

  • R Magazine, comme dit précédemment, qui est le magazine social d’Arts de Cheliel. Bilingue français/anglais et disponible en ligne gratuitement. Il se veut être le miroir d’artistes connus mais surtout « inconnus » ou méconnus, croisés au détour d’une rue de Dakar, de Paris ou de Montréal et également celui des individus qui excellent dans leur art, au quotidien. Ce magazine est né du simple constat de la non-reconnaissance du merveilleux travail de certains artistes qui n’ont pas les moyens de se faire connaître ou qui ne connaissent pas les bonnes personnes.

  • Blacky Gyan, mon nom de pseudo-artiste et celui de mes médias où, à travers des réalisations photographiques ou des articles de blog, par exemple, je défends cette «couleur» de peau qui me caractérise et qui dérange ou encore cette chevelure crépue qui «effraie» mes semblables». Mais, je parle aussi de féminisme et d’Afrique … et de bien d’autres choses, mais toujours à travers des images car j’écris déjà trop (pour d’autres blogs).

    previous arrow
    next arrow
    Slider
  • Domaine Villeneuve qui est une ferme familiale dans les Laurentides au Québec spécialisée dans la production de pommes principalement, misant sur l’innovation, elle a implanté dans ses vergers de nouvelles variétés qui sont à la fois, sucrées, savoureuses et surprenantes. Sa production se veut respectueuse de l’environnement. Aux pommes, s’ajoutent des fraises d’automne et des melons. Et à l’automne, lors de l’immanquable saison des pommes, familles, ami.e.s et autres peuvent venir faire de l’autocueillette et depuis peu, profiter, d’un barbecue (façon dibiterie).

  • 1948 Beads qui est une marque spécialisée dans la confection de bijoux et d’accessoires artisanaux crochetés pour femmes, le plus souvent. Il s’agit de pièces non seulement uniques mais originales. La créatrice derrière la marque est ma sœur Anne Soly qui est, depuis son jeune âge, une passionnée de l’art du crochet et qui, à l’époque, faisait des vêtements, des napperons, …

  • Afro Women Workshops qui est un regroupement de femmes entrepreneures et entreprenantes, créatives et solidaires, issues de toutes les contrées de l’Afrique ou des Caraïbes ou amoureuses du continent noir. Ces femmes excellent dans toutes formes de métier : gastronomie, littérature, voyages, mode, beauté, médecine, etc…. Le but de ce melting-pot de savoir et de savoir-faire avec des touches africaine et caribéenne, pour la plupart du temps, est que toutes les femmes portent haut et fort la flamme de la réussite en unissant leurs forces. Outre l’éradication de la compétition au profit d’une collaboration, ce regroupement aux services des femmes a pour ambition aussi d’être un moyen de rencontrer et d’échanger autour de la culture entrepreneuriale et artistique mais aussi au sujet du continent africain. 

  1. Vous êtes modèle/ shepreneure/blogueuse/ auteur: Quel a été le cheminement dans votre réflexion de mener toutes ces activités? 

Mon cheminement a pour genèse une multitudes de causes et d’idées que je soutiens depuis plusieurs années maintenant à savoir : le nombre grandissant d’enfants de la rue (talibés), le retour au naturel qui, par la même occasion, prône l’utilisation de matières naturelles répertoriées dans le patrimoine africain, le développement durable, la reconnaissance des efforts engagés par les femmes dans toutes leurs entreprises, leur autonomisation et l’égalité des genres et, entre mille autres, la définition par le concept d’authenticité d’une nouvelle identité très respectueuse de l’héritage de non pas l’Afrique mais des Afriques, une identité plurielle et moderne.

Boucles d’oreilles 1948 beads

  1. Pouvez-vous nous raconter vos premiers pas dans l’entrepreneuriat ? 

Sachant qu’il y a eu des pas timides au Sénégal avec nos parents qui ont fait germer la fibre entrepreneuriale dès le plus jeune avec la location des locaux commerciaux ou la gestion des finances à l’école, autant donc vous parler des « vrais » pas qui ont été faits en France car je ne saurais pas par où commencer. Je suis dans la vingtaine, en alternance à raison de 4 jours en entreprise, dans le domaine de la finance (heures interminables surtout lors des clôtures comptables périodiques) et 2 jours, en classe – Faites le calcul ! Il reste 1 jour dans la semaine pour faire des devoirs, préparer la semaine qui s’en vient et s’occuper du minuscule appartement loué pour une fortune dans Neuilly Sur Seine, en plus et donc pas le temps d’aller chercher un petit boulot – et je souhaite aider quelques initiatives œuvrant pour les enfants. Je me suis alors fait confiance et j’ai saisi les opportunités qui se présentaient à moi. Je suis partie au Sénégal, j’ai immatriculé A’S de la Perfection qui est devenu Cheliel aujourd’hui, j’ai co-lancé une mini collection avec mon acolyte, mon frère, je suis revenue en France, j’ai acheté un appareil photo, j’ai pris une copine comme mannequin et j’ai mis sur Facebook et sur des plateformes de vente les vêtements, accessoires et autres et j’ai démarré mon business dans le but d’avoir des revenus supplémentaires pour contribuer dans lesdites initiatives. La simplicité de la mise en place d’une auto-entreprise a beaucoup facilité mon entrée dans ce monde. Au début, ce n’était pas facile ! Des gens voyaient cela comme une perte de temps et l’engouement pour les tissus africains n’était pas encore là.

previous arrow
next arrow
PlayPause
Slider
  1. Comment votre entourage (famille, amis, collègues) a accueilli votre décision, de vous lancer dans l’entrepreneuriat avec les risques et difficultés qu’il représente?

Être à l’abri des déboires financières est pour beaucoup ce qui les amène à accepter un travail de 8 à 5 alors qu’ils rêvent de pouvoir aller à la poursuite de leur.s passion.s. Et cela est tout à fait compréhensif car je suis dans les deux cas (salariée et entrepreneure) après avoir été pendant quelques années juste shepreneure. La réaction de mon entourage était mi-figue, mi-raisin. Toutefois, certain.e.s nous écrivaient ou nous écrivent jusqu’à présent pour nous féliciter et saluer notre persévérance. Mon frère et moi, nous investissons tellement dans nos entreprises que les struggles financier et temporel peuvent nous faire douter à un moment, si nous sommes sur la bonne voie. Cependant, nous préférions toujours nous dire qu’au moins nous avons poursuivi nos rêves. Aujourd’hui, tout cela porte ses fruits et notre travail est récompensé ici et là (rien qu’en 2019, nous avons obtenu 4 prix).

  1. Quels sont vos partenaires dans la conduite de vos activités? ou Quels sont vos liens avec l’ecosystème entrepreneurial de votre secteur?

Nous n’avons pas de partenaire spécifique. Nous travaillons avec plusieurs acteurs tant sur le domaine de la mode que du développement durable, par exemple et avons quelques conseillers par ci et par là. Mais, personnellement, je suis assez impliquée dans l’ecosystème entrepreneurial québécois. J’ai été Vice-Présidente Membership et liaison Finances/Membership (ancienne Membre du Comité Finances) du Réseau d’Entrepreneurs et de Professionnels Africains du Canada, Conseillère en gestion d’entreprise avec Jeunes Entreprises du Québec et bien encore.

  1. Comment faites-vous pour allier vos différentes activités entrepreneuriales votre travail salarial et vie privée?

C’est comme faire un très long marathon. Qu’on soit débutant ou un athlète de haut niveau, il faut le prendre avec sérieux et s’entrainer sur le long terme. L’entrepreneuriat, c’est pareil pour moi. Je m’organise de sorte à inclure beaux moments avec mon conjoint, la famille et mes ami.e.s. ou toute seule avant et après un gros projet, activités sportives au quotidien avec minimalement 45 mns à la salle de sport au travail (ça, c’est vraiment pratique d’avoir un gym sur place) et saine alimentation (je prépare tous mes repas). Parfois, je prends des week ends de 4 jours où je n’ai aucun scrupule à ne pas répondre à un courriel important ou à finaliser un tableau financier. Pour le moment, je dois travailler sur le nombre d’heures de sommeil mais sinon dans l’ensemble, je me débrouille pas mal.

  1. Quel accueil avez-vous reçu des acteurs du secteur (investisseurs, distributeurs, marketing, etc…)? 

 Il n’est pas toujours évident d’être vue comme une personne crédible avec les caractéristiques suivantes : femme, noire, paraissant plus jeune que son âge, immigrante, ambitieuse, motivée, … A chaque jour suffit sa peine et il faut savoir passer outre et militer/œuvrer pour forger son statut.

Modèles Sandra Clemente, Gabrielle Hetu et Angélique la co-fondatrice

  1. Avez-vous rencontré des difficultés lors des démarches administratives ?

Nul n’est prophète en son pays ! Au Sénégal, la lourdeur et la lenteur de certaines démarches peuvent freiner surtout quand on vit à l’étranger mais des structures comme APIX sont un vent de souffle et j’espère que la facilité que j’ai par exemple ici pour enregistrer une entreprise en ligne se trouvera bientôt chez nous. Mais comme dit plus haut également, l’apparence ou autres caractéristiques engendrent quelques difficultés au Québec souvent et il faut apprendre à faire fi de ça sans se laisser faire, par contre pour ne pas perdre son énergie et son temps dans un autre combat qui mérite d’être mené un autre jour.

  1. Comment avez-vous obtenu les premiers financements ? Étaient-ils sur fonds propres, business angels, ou programme pour l’entrepreneuriat ?

 Toutes mes entreprises ont été lancées sur fonds propres et grâce aussi à des love money. Toutefois, pour Cheliel, nous avions réussi à rentrer dans le programme Soutien au travailleur autonome au Québec en défendant la viabilité de notre projet devant un jury. Cette somme mensuelle versée par le gouvernement et ce, pendant 52 semaines, permettait de mieux se focaliser sur l’entreprise au lieu de penser à comment faire pour payer les factures sachant que les premières années dans la vie entrepreneuriale peut être tough* (difficile) sur le plan finances.

Modèle Emil Ghelmeci dans une chemise de tissus recyclés

  1. Les collaborateurs de votre webzine R-magazine sont multi-ethniques, et localisés au Canada et au Sénégal. Quelle est leur vision sur cet aspect de la collaboration? Comment vous assurez-vous de conserver une ligne éditoriale homogène?

Liberté de penser … Et surtout d’écrire ! Tel est mon mot ordre. Peu importe d’où l’on vient et ce à quoi on aspire, j’ai toujours voulu que l’équipe soit diversifiée et unique et même si d’énormes distances nous séparent que ce médium nous assemble le temps d’un numéro et nous permette de nous exprimer librement. Une des missions de R Magazine qui me tient vraiment à cœur est de nous conférer à nous-mêmes le pouvoir d’agir pour un monde « parfait » où tout le monde s’accepte comme il est sans jugement extérieur et regard dédaigneux. C’est pourquoi, au-delà des contenus artistiques, nous parlons de la diversité des corps, de l’environnement, des orientations sexuelles, … Et je pense que tous.tes les collaborateurs.trices ont le même état d’esprit et c’est pour cela qu’ils ont adhéré dès le départ.

  1. Comment vos expériences professionnelles antérieures ont pu vous aider dans vos activités entrepreneuriales?

J’ai un parcours quand même bien ficelé, je trouve car des études en gestion, finances et comptabilité servent toujours dans une entreprise et même dans la vie de tous les jours. J’ai toujours été polyvalente même dans mes tâches de salariée. Je suis comme un caméléon. J’ai travaillé dans plusieurs domaines au Sénégal (compta, design graphique), en France (finances, événementiel) au Nicaragua (agriculture, enseignement de langues, communication) et maintenant au Canada (révision, administration). Et même si aujourd’hui, je ne suis plus dans les chiffres mais plus dans les chiffons, il n’en demeure pas moins que tout se rejoint.

  1. Vous vivez au Canada et vous avez des activités basées au Sénégal, comment faites-vous pour coordonner les choses à distances ? Quels sont vos relais sur place ?

Avec mon frère, ma mère et les nouvelles technologies ! De temps en temps, j’essaye d’aller au Sénégal pendant quelques mois mais sinon tout se fait très bien à distance et nos opérations sont bien cédulées pour que Stefdekarda ait sa part tout comme moi.

  1. Avec le recul, quels conseils donnez-vous aux « jeunes » entrepreneurs (es)?

Certain.e.s me trouveront répétitive mais ça sera toujours d’oser ! Oser aller à la poursuite de ses rêves, y mettre corps et âme sans pour autant s’y perdre et ne pas baisser les bras dès l’apparition des premières difficultés. Une jeune entreprise prend environ 3 ans à se mettre sur pied. Donc les hauts et les bas, c’est comme normal !

  1. Vous êtes aussi impliquée dans le monde associatif, pouvez-vous nous parler de ces activités et des causes qui vous tiennent à cœur ? 

Je préfère investir temps et argent dans les enfants car ce sont les adultes de demain. C’est pourquoi je soutiens Help the street children / Aider les enfants de la rue dont je suis la coordinatrice du bureau canadien et La Pouponnière Cité de l’Emmanuel de Nianing. Mais, il y a également des causes qui sont en faveur de l’écologie et du développement durable qui me tiennent vraiment à cœur vu que notre chère planète se meurt avec toute cette prolifération de maux environnementaux à l’ère du non-respect de l’Homme.

  1. Quelle est votre/vos réalisation/s qui vous rend/ent le plus fière?

Toutes … Répondre à cette question équivaut pour moi à dire laquelle de mes enfants (futur.e.s, bien sûr) je préfère et me rend fière. Il est bien évident que certaines ont eu plus d’impact que les autres mais toutes se valent sur le plan des efforts consentis et surtout des objectifs visés.

  1. Un mot pour la fin?

Le développement de notre continent, du monde nous tient à cœur et il passe par une intégration féminine dans la vie économique et les emplois, en particulier et par la prolifération de plus d’écopreneur.e.s car le non-respect de la planète est l’affaire de tous.tes. Donc, agissons en conséquence !

Propos recueillis par Fatou DIOUF

O.S.E.R. L’Afrique

Posted in: Actualités
Newsletter
Vous souhaitez en savoir plus sur nos activités ? Devenir bénévole, être partenaire d’O.S.E.R. l’Afrique ou bénéficier de nos services ? Contactez-nous et inscrivez-vous à notre newsletter ! N’hésitez pas, toute l’équipe est disponible !
O.S.E.R. l'Afrique